Immeubles et maisons abandonnés : le cri d’alerte de la maire de Pamiers

l’essentiel
Rue Gabriel-Péri, en plein cœur de ville de Pamiers, un immeuble est sur le point de s’effondrer. Sans réponse des propriétaires, la municipalité va devoir se charger de sa sécurisation. Mais Frédérique Thiennot, maire, interpelle tous ces propriétaires qui laissent leurs biens se déliter.

Ce mercredi midi, des passants rasent de près le n° 74 de la rue Gabriel-Péri. Forcément : les barrières censées bloquer le passage des véhicules et des piétons ont été déplacées. Or, le bâtiment est sur le point de s’effondrer. Un arrêté de péril imminent d’effondrement a en effet été établi le 27 juin dernier par l’expert près la cour administrative d’appel de Toulouse.

Depuis ce mercredi, la mairie attend le feu vert du tribunal judiciaire de Foix pour procéder à la démolition et à la mise en sécurité de ce bien qui appartient à des privés. Ces derniers n’ont pas souhaité entamer les travaux nécessaires au risque d’engager la sécurité des Appaméens, sans parler de l’enveloppe financière nécessaire, qui va vraisemblablement incomber à la collectivité. Et c’est loin d’être le seul lot qui préoccupe les autorités. Aujourd’hui, Frédérique Thiennot, maire, lance un cri d’alerte à l’attention de tous les propriétaires « qui laissent leurs biens se dégrader ».

Comment la mairie a-t-elle été informée du risque en cours sur le n° 74 de la rue Gabriel-Péri ?

Suite à plusieurs constatations sur place, un expert a conclu à un risque de péril imminent et nous avons adressé aussitôt un courrier aux propriétaires qui disposaient de 21 jours pour mener à bien les travaux de sécurisation. Puisqu’ils n’ont pas donné suite, nous sommes obligés de le faire car c’est dangereux. Mais avec leur autorisation. On attend donc la décision du tribunal judiciaire mais il faut savoir que cela va coûter au moins 100 000 € que le Trésor public ne récupérera certainement jamais.

Ce sont donc des gens identifiés ?

Oui clairement mais ils ne se parlent plus et comme eux, beaucoup de propriétaires se fichent de leur bien, en espérant parfois que la mairie leur rachète à bon prix. Il y a aussi le problème des biens sans maître, ceux qui ne savent même pas qu’ils sont propriétaires ou les logements vides. L’immeuble de la rue Gabriel-Péri n’est que le symptôme d’un habitat dégradé en centre-ville.

Vous regrettez le déplacement récurrent des barrières de sécurité mais pour autant, un commerce est toujours ouvert au n° 70 et des habitants continuent d’occuper leur logement à proximité directe de cet immeuble. Pourquoi ?

Les mesures prises le sont en fonction d’une situation donnée. L’expert a estimé qu’il n’y avait pas de risque pour le commerce que vous évoquez. En revanche, pour les travaux de démolition, il va falloir être particulièrement vigilants. On parle d’ensembles imbriqués les uns dans les autres au sein de l’îlot Manzana [où deux immeubles se sont en partie effondrés en février 2021, sans oublier les lots 86 et 88 de la rue Gabriel-Péri, en juin 2021] que l’on souhaite réhabiliter à l’image de la Villa Major.

Le péril imminent pour risque d'effondrement a été déclaré le 27 juin. Aujourd'hui, il est évalué à 12 000€.
Le péril imminent pour risque d’effondrement a été déclaré le 27 juin. Aujourd’hui, il est évalué à 12 000€.
DDM – GERALDINE JAMMET

Avez-vous repéré d’autres bâtiments dans le même cas ?

Pour l’heure, c’est le seul qui fait l’objet d’un péril imminent mais il y a plein de maisons abandonnées dans Pamiers et on a plusieurs points de vigilance sur des immeubles à risques. On prend le taureau par les cornes en établissant une véritable stratégie foncière mais on a besoin de cartographier tous les biens délabrés et vides pour contacter les propriétaires. C’est un travail très lourd. Il s’agit de les inciter à vendre ou à solliciter des aides, parfois très conséquentes, pour réhabiliter leur bien. Il faut une vision globale. Mais c’est un problème très complexe entre le respect de la propriété privée et le risque d’effondrement qui engage la sécurité de la collectivité.

Comment œuvrer concrètement ?

Déjà par le diagnostic visuel, comme ce qui va être réalisé sur toute la façade de l’îlot Sainte-Claire qui donne rue Gabriel-Péri. Cela va permettre de sécuriser cette zone. Le permis de louer peut aussi attirer notre attention, encore faut-il que le propriétaire en fasse la démarche. Encore une fois, le service habitat de l’intercommunalité peut les accompagner et ceux qui souhaitent vendre doivent contacter le service urbanisme de la mairie*. Il faut qu’ils respectent les consignes, c’est une question de civisme ! Ce sont les mêmes personnes qui souhaitent la mixité par le haut au centre-ville mais si on n’a rien à proposer aux nouveaux habitants ? Ça me préoccupe… D’autant qu’entre les envies de vie plus écoresponsable et l’après Covid, les gens reviennent dans les villes moyennes. À Pamiers, il y a une forte demande pour l’habitat, à la location et à l’achat, mais on n’arrive pas à suivre le dynamisme des entrepreneurs locaux et ça me désole.

*Service habitat CCPAP : 05 34 01 21 73 / service municipal d’urbanisme : 05 61 60 95 23.

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