Vos questions, nos réponses | Les rénovations sont-elles payantes ?

Les rénovations résidentielles vont bon train depuis les deux dernières années. Toutefois, avec la hausse des coûts des matériaux, peut-on encore faire une plus-value sur une propriété dont les travaux ont coûté très cher ? Aussi, est-ce que la surchauffe immobilière compense ces prix élevés ?

Publié à 12h00

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Collaboration spéciale

Vous pensiez que la hausse des coûts de rénovation était de 20 %… Eh bien, c’est très optimiste, d’après le directeur général de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), Benoit Ste-Marie, qui évoque plutôt une augmentation d’environ 45 % (44 % entre mars 2019 et mars 2022, selon Statistique Canada). « C’est ainsi depuis le printemps 2020, parce qu’on a décidé d’embellir nos maisons puisqu’on devait rester chez nous. La pandémie a donc engendré un engouement irrationnel pour l’habitat. Les gens ont voulu un beau bureau à la maison, se sont mis à faire un agrandissement ou à construire des maisons démesurées, en ayant une vision à long terme, mais en rénovant tout. »

Il explique que la différence de hausse de coûts est considérable entre les petits chantiers de construction et ceux plus gros très structurés, dont l’augmentation est moindre (18 %, selon Statistique Canada), parce que la main-d’œuvre migre. En effet, elle déserte les petits projets pour travailler sur les plus gros, parce qu’ils sont plus intéressants.

« C’est donc un réel problème de trouver un entrepreneur », indique Benoit Ste-Marie.

Quand je parle de 45 % de coûts d’augmentation, c’est même prudent, car des rénovations faites exactement comme il y a deux ans coûtent le double du prix.

Benoit Ste-Marie, directeur général de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec

« L’autre raison vient des prix des matériaux, qui sont aussi beaucoup plus élevés par manque de stocks », ajoute-t-il.

Résultat : soit le chantier est plus long que prévu, soit on remplace les matériaux manquants par d’autres produits, mais ces derniers sont plus chers que ceux prévus à la base dans 75 % des cas.

Réflexion et planification

Comme le prix de l’immobilier est très élevé et que les rénovations valent cher également, l’investissement final peut être colossal, ce qui implique que le gain ne sera probablement pas avantageux si l’on revend rapidement. Ce n’est donc pas le moment de rénover pour spéculer, à moins de faire les travaux soi-même, même si là encore, on doit tenir compte de l’augmentation du prix des matériaux.

« Il faut y penser deux fois avant d’entamer des rénovations aujourd’hui pour des questions d’argent et de disponibilité. Ça demande nécessairement une bonne planification pour s’assurer que les produits sont en stock et que l’on aura la main-d’œuvre nécessaire en temps et lieu », poursuit M. Ste-Marie. Il ajoute que les entrepreneurs sont tellement sollicités qu’ils demandent parfois à leurs clients d’acheter eux-mêmes les matériaux, ce qui prend du temps et revient plus cher, puisque le grand public ne bénéficie pas des remises consenties aux professionnels.

Un vent d’espoir

Le marché immobilier est en croissance, les valeurs ont augmenté, mais il est impossible de savoir si ça va continuer, stagner ou baisser.

Comme les rénovations reviennent cher, si le prix des maisons baisse, vous risquez de ne pas rentrer dans votre argent.

Benoit Ste-Marie, directeur général de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec

« Par contre, je constate que sur le plan de la construction, il y a tellement de besoins dans certains secteurs et ces propriétés neuves vont être tellement onéreuses que ça va soutenir le marché de la rénovation », spécifie le directeur général de la CORPIQ.

De son côté, Jean-Philippe Cliche, économiste principal pour l’Association de la construction du Québec (ACQ), note que puisque les banques centrales nord-américaines ont pris la décision de resserrer les conditions de crédit en augmentant les taux d’intérêt directeurs, les prix des matériaux de construction diminuent. « En fait, après un premier trimestre où les prix furent très élevés, les prix du bois d’œuvre chutent en ce moment, et ceci devrait se poursuivre pour le reste de l’année, et aussi en 2023. Même chose du côté de l’acier et des métaux de base, alors que la Banque de Montréal entrevoit là aussi des diminutions en deuxième moitié d’année et en 2023. Cela dit, les prix demeureront plus élevés qu’avant la pandémie, mais la diminution sera la bienvenue et fera certainement ralentir l’inflation et la hausse des coûts de construction. »

Selon l’indice des prix des produits industriels (IPPI) de Statistique Canada mesurant la variation des prix des principaux produits vendus par les fabricants faisant affaire au Canada, voici les données sur le bois d’œuvre, la peinture et les portes et fenêtres en avril sur les trois dernières années.

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